L’histoire de la phénylcétonurie (PCU) est indissociable de celle du dépistage néonatal et du test de Guthrie qui, pratiqué systématiquement à la naissance dès 1972 en France, a permis de sauver de nombreuses générations dont nous faisons partie. Quelques gouttes de sang prélevées au talon et recueillies sur un papier buvard qui, grâce au combat mené par des médecins, tels que le Docteur Michel MEIGNANT (présent au Congrès annuel 2018 des Feux Follets), nous ont évité le drame de l’arriération mentale à laquelle nous étions autrement tous destinés ; comme le rappelle un article de L’Express en date du 22 janvier 1968 intitulé « Test de Guthrie, la goutte de sang qui sauve l’intelligence ».

En France, ce dépistage fait l’objet d’un programme national et porte initialement sur la recherche de cinq maladies rares, à l’origine de troubles graves et définitifs sans diagnostic ni prise en charge précoce : la phénylcétonurie, l’hypothyroïdie congénitale, la drépanocytose, l’hyperplasie congénitale des surrénales et la mucoviscidose.

La réalisation de ce dépistage correspond à une intervention de santé publique qui vise, de manière quasi-exhaustive, les bébés atteints de l’une de ces maladies cibles sur l’ensemble du territoire national. Leur rapide prise en charge permet en effet d’éviter ou de contrôler les sévères conséquences de la maladie, une fois dépistée, en mettant en œuvre des mesures appropriées avant l’apparition de symptômes.

L’année 2013 marquait le 40ème anniversaire du test de Guthrie. Comment expliquer, la même année, la survenue d’un pic dans le nombre de refus de parents, dont les équipes médicales des maternités, maisons de naissance ou directement les sages-femmes, doivent solliciter l’accord pour pouvoir procéder au dépistage de leur nouveau-né le 3ème jour suivant la naissance ? De 70 refus en 2008, 193 ont été dénombrés en 2013 pour finalement croître et atteindre les 257 en 2018 à l’échelle du territoire national (données chiffrées émanant du Conseil National de Coordination du Dépistage Néonatal) : un tel recul constitue une tendance plus que préoccupante !

Et ce, alors même que les connaissances scientifiques en lien avec les maladies erreurs innées du métabolisme (EIM) ne cessent d’évoluer et que les techniques de dépistage se perfectionnent elles aussi en parallèle, notamment avec les nouvelles possibilités offertes par la spectrométrie de masse en tandem (MS/MS), qui, plus précise que la fluorimétrie sur les valeurs basses, la remplacera normalement au cours du second trimestre 2020 !

En espérant que la population soit toujours mieux informée et sensibilisée, entre autre grâce aux outils pédagogiques communiqués aux parents, quant à l’importance vitale du DNN et quant aux risques encourus par des nouveau-nés dont le dépistage néonatal serait refusé (alors potentiellement atteints par l’une de ces maladies rares), nous nous réjouissons de son extension en cours !

Depuis le deuxième plan national maladies rares, le DNN est en réorganisation et un Comité national de pilotage du dépistage néonatal a été mis en place au ministère de la Santé en mars 2017. Le programme actuel, qui a montré son efficacité, doit à présent évoluer et concerner d’autres maladies.

La force de la technique de spectrométrie de masse en tandem (MS/MS) est de permettre le dépistage simultané de plus d’une trentaine d’EIM en une étape analytique unique, avec un débit d’analyse élevé.

Les avancées de laboratoire et de la recherche et l’arrivée de la spectrométrie de masse en tandem, en donnant les moyens de dépister plus largement les EIM, rendent possible le dépistage de nouvelles maladies du métabolisme, ce qui rejoint l’attente des familles concernées, qui en ont pleinement saisi les enjeux pour les générations futures.

En retard sur la question du dépistage par rapport à ses voisins européens qui en ont bien mesuré les enjeux, la France avance elle aussi sur ce sujet. En 2008, la Haute Autorité de Santé (HAS) a été saisie (simultanément par la Direction Générale de la Santé (DGS), l’Association Française pour le Dépistage et la Prévention des Handicaps de l’Enfant (AFDPHE), la Société française de biologie clinique et la Société française pour l’étude des erreurs innées du métabolisme) afin d’examiner la pertinence de l’extension du DNN aux EIM par la technique de spectrométrie de masse en tandem (MS/MS).

Pour travailler sur les futures maladies qui pourraient être incluses au DNN en population générale, la HAS a constitué en 2019 un groupe de travail. Nous sommes particulièrement fiers du travail mené main dans la main avec la HAS sur ce dossier et de l’intégration au programme en février 2020, suite à la recommandation de la HAS de 2008, du déficit en acyl-CoA déshydrogénase des acides gras à chaines moyennes (MCAD) : une maladie métabolique héréditaire rare qui empêche l’organisme d’utiliser certaines graisses (les acides gras) comme source d’énergie.

La HAS préconise également une inclusion au programme de dépistage néonatal de sept autres maladies héréditaires rares, suite à l’étude poussée de 24 maladies, menée par 35 experts (cliniciens et biochimistes/biologistes) : la leucinose (MSUD), l’homocystinurie (HCY), la tyrosinémie de type 1 (TYR-1), l’acidurie glutarique de type 1 (GA-1), l’acidurie isovalérique (IVA), le déficit en déshydrogénase des hydroxyacyl-CoA de chaîne longue (LCHAD), et le déficit en captation de carnitine (CUD). Ces 7 nouvelles maladies s’ajouteraient aux 5 pathologies déjà dépistées et à la MCAD, récemment inclue au programme national de dépistage néonatal.

Toutefois, l’inscription officielle de ces 7 nouvelles pathologies au programme de DNN nécessitera au préalable l’évaluation de l’organisation des 13 centres médicaux concernés, ainsi que des maternités.

Autrefois géré par l’AFDPHE, le DNN est en effet, depuis 2018, organisé par les centres régionaux de dépistage néonatal (CRDN)qui relèvent du pilotage des Agences Régionales de Santé (ARS) et réalisé par les CHU. Le schéma ci-dessous présente la nouvelle organisation du DNN :

Pour l’Alliance Maladies Rares, dont les Feux Follets sont membres, ce n’est qu’un début : elle veillera à ce que les critères de DNN évoluent. D’autres travaux sont également en cours : l’évaluation de l’opportunité de la généralisation du dépistage de la drépanocytose et celle de la faisabilité de la mise en œuvre du dépistage de déficits immunitaires combinés sévères (DICS) à la suite d’une étude pilote nommé DEPISTREC.

Dans le cadre des travaux des futures lois de bioéthique prévues courant 2020, à plusieurs reprises, le Parlement français a auditionné :

– l’Alliance Maladies Rares

– le Comité consultatif national d’éthique (CCNE)

– le Conseil d’Etat (CE),

notamment sur les enjeux du dépistage néonatal (DNN), mais aussi du dépistage préimplantatoire (DPI) et prénatal (DPN).”

Nous attendons du Parlement français et, en particulier, des 21 députés qui font partie du groupe d’étude des maladies rares qu’ils s’inspirent de l’histoire exemplaire du dépistage et de la prise en charge de la phénylcétonurie pour redonner de l’espoir aux 3 millions de familles concernées par une maladie génétique rare

 

Nathalie COULOMB  

Adulte PCU, membre du Conseil d’Administration